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Entretien de l'équipe MINI Space avec Joachim Trier, réalisateur d'Oslo, 31 août

Le premier long métrage de Joachim Trier, Nouvelle donne, est un film inventif qui retrace les chemins divergents de deux hommes, unis par une profonde amitié, devenus écrivains. Salué par la critique et encensé par le public, ce long métrage a propulsé le scénariste et réalisateur Joachim Trier dans la communauté internationale du cinéma. Son second long métrage, Oslo, 31 Août, raconte l'histoire d'Anders, un jeune homme tourmenté tentant de réintégrer la société après un long séjour en cure de désintoxication. Joachim Trier décrit son film comme « un road movie à pied » durant lequel il a suivi Anders dans sa traversée de la capitale norvégienne le dernier jour de l'été. Présenté en compétition au Festival de Cannes en 2011, le film a ensuite poursuivi sa route dans les plus prestigieux festivals internationaux du film, de Sundance à Toronto en passant dernièrement par le festival du film de New York. Anders Danielsen Lie, qui partageait l'affiche du premier long métrage du réalisateur, Nouvelle donne, chirurgien à la ville, est revenu à Oslo pour donner une leçon de courage tout en nuances dont n'importe quel acteur serait très fier. Joachim Trier et le coscénariste Eskil Vogt vont à présent travailler sur un film américain qui s'appellera Louder Than Bombs que le réalisateur espère commencer à tourner à l'automne, mais dont il n'a pas souhaité révéler le lien avec l'album phare du même nom du groupe britannique The Smiths.

Joachim Trier
Joachim Trier, scénariste et réalisateur

Nouvelle donne était un film très personnel. Comment avez-vous abordé votre recherche d'inspiration ?

Joachim Trier Anders Danielsen Lie – "Oslo, August 31"

Après Nouvelle donne, je me suis réellement intéressé à un petit nombre de projets, j'ai lu plusieurs scénarios et je me suis finalement rendu compte qu'il y a un tas d'histoires que j'ai envie de raconter moi-même. Il a certes fallu un certain temps, mais nous (Joachim Trier et son coscénariste Eskil Vogt) avons écrit un autre script avant celui d'Oslo, 31 août. On m'a ensuite proposé un financement pour la réalisation d'un film norvégien si je m'engageais à le tourner en une seule année. Nous avons alors réfléchi à une histoire que nous pourrions mettre en scène rapidement et celle-ci nous a semblé la meilleure. Elle est basée sur un roman français de 1930 ( Le Feu Follet de Pierre Drieu La Rochelle) ce qui, je le sais, paraît un peu étrange comme base de travail, mais l'histoire est si intemporelle et cette chose que nous avons perçue dans le personnage principal nous a semblé si bien adaptable à la vie norvégienne moderne, que nous avons voulu en faire quelque chose de contemporain et d'éloquent. C'est étrange de commencer le travail d'écriture par un livre français des années 1930 et d'en venir à raconter l'histoire très personnelle de gens de son époque.

Avez-vous rencontré des difficultés pour adapter l'histoire ?

Comme je l'ai dit, je pense qu'il y a quelque chose d'intemporel chez ce personnage. C'est un bel homme, doué de surcroît, auquel s'offre de multiples opportunités, mais il se sent également honteux, aliéné et en conflit avec toutes les opportunités qu'il n'a pas saisies et toutes les choses qu'il n'a pas été capable de réaliser. Le thème de l'ambition et les ravages que l'impossibilité d'accomplir ses rêves peut causer sont, selon moi, des aspects de la vie contemporaine. C'est quelque chose que je perçois dans la vie de nombreuses personnes aujourd'hui, mais c'est aussi, je pense, quelque chose de parfaitement humain et de commun à toutes les générations.

Comment êtes-vous parvenu à convaincre Anders, qui fait carrière dans la médecine et non dans le cinéma, de revenir à Oslo pour tourner ce film ?

Joachim Trier Anders Danielsen Lie

En effet, pour le moment Anders travaille comme chirurgien à Gjøvik, une petite ville norvégienne à environ 2 heures de route d'Oslo. Pour dire vrai, cela n'a pas été si difficile de le faire revenir pour tourner ce film. Je pense qu'il avait envie de s'essayer au cinéma, mais que c'est surtout le contenu ou le thème du projet qui ont été les éléments déclencheurs. Ce n'est pas quelqu'un qui se contente de dire : « Oh, c'est un super rôle ». Il souhaite vraiment s'investir dans le processus de création et nous aide à comprendre les thèmes que nous voulons explorer. Nous l'avons invité à dîner et lui avons proposé le rôle. Comme je l'ai dit lors de la première du film à Cannes et répété à de nombreuses reprises, je pense qu'il a porté le film à bout de bras. Nous avons écrit le scénario pour lui et s'il n'avait pas dit oui, je ne suis pas certain que nous aurions fait le film.

Ce n'est pourtant pas un rôle facile, ni un sujet simple, certains passages du film sont difficiles et son personnage est présent dans presque toutes les scènes.

C'est vrai, mais je le connais personnellement depuis qu'on a tourné Nouvelle donne ensemble et je savais qu'il avait en lui cette envie d'explorer quelque chose de plus profond. Le grand avantage d'Anders, c'est qu'il se prépare vraiment en bon adepte de Stanislavski. Il mène des recherches approfondies. Il s'est rendu secrètement à des réunions des Narcotiques Anonymes. Il s'est entretenu avec des psychiatres et quelques-uns de mes amis de longue date qui ont connu des problèmes de dépendance. Il a vraiment creusé le sujet. Mais, sur le plateau, c'est aussi un acteur qui reste beaucoup dans l'instant et dont l'interprétation est très libre. Un jour, il se fie à ses recherches et le lendemain, il est très instinctif et essaie naturellement quelque chose pour voir si cela fonctionne. Sa plus grande qualité reste sans nul doute qu'il n'est pas dogmatique.

Comment choisissez-vous les musiques de vos films ? Dans Nouvelle donne, votre choix était essentiellement basé sur la vie des personnages, mais dans Oslo, 31 août, le choix des musiques semble plus être le fruit d'associations.

Joachim Trier "Oslo, August 31"

Oui, c'est vrai. Dans Nouvelle donne, on retrouvait le thème du groupe Joy Division et l'histoire du chanteur Ian Curtis, avant la sortie de Control, mais aussi les mythes du mec de la bande qui est une sorte de génie, mais qui ne parvient pas à survivre ou à vivre une vie normale et qui paradoxalement s'en trouve dévasté. L'utilisation de Joy Division, puis de New Order plus loin dans le film correspondait parfaitement à l'idée de Nouvelle donne et cela rappelait également étrangement l'histoire de la culture punk norvégienne. Pour Oslo, 31 août, la sélection des musiques ne s'est pas faite de la même manière. Comme vous l'avez dit à juste titre, le choix a été le fruit d'associations, il s'est davantage fait dans l'émotion. J'ai réfléchi à ce qui cadrait plus aux scènes. Quand Anders arrive en ville, j'ai notamment choisi une chanson quelque peu nostalgique de l'ex-groupe pop A-Ha. Il est difficile d'expliquer comment et pourquoi j'ai fait ces choix musicaux, mais, dans l'ensemble, je les ai faits dans l'optique qu'ils aient une signification à plusieurs niveaux. Je voulais inclure tous les morceaux de musique que nous avons écoutés à Oslo. Qu'ils aient été joués au piano, entendus dans le taxi ou écoutés lors des soirées après tournage, je voulais que ces choix musicaux touchent différentes classes sociales et qu'ils soient bouleversants sur le plan émotionnel. Il n'y a qu'un pas entre mettre un film en valeur et détruire les images en exagérant une émotion, c'est pourquoi on essaie toujours de maintenir un équilibre au sein de chaque scène. 

J'aime le fait que vous construisiez vos films selon une structure narrative bien établie, mais que vous laissiez toutefois toujours de la place pour l'improvisation et les petits moments privilégiés. Est-ce ainsi que vous préférez travailler ?

Je crois au proverbe « La chance sourit aux audacieux ». Le film a été tourné sensiblement comme il était écrit sur le papier, mais je laisse toujours l'acteur prendre le chemin qu'il désire pour aller là où je veux qu'il aille. C'est étrange, car parfois vous vous éloignez un peu de la scène avec les acteurs et se produit alors ce qu'Anders et moi appelons le « jazz take » : vous suivez le même fil conducteur, vous collez plus ou moins au script, mais vous essayez de faire quelque chose de différent et soudain quelque chose se rompt, un changement se produit et la scène vous semble meilleure ainsi ou vous captez une scène à laquelle vous n'auriez jamais pensé. Je pense donc que le contrôle du chaos est en quelque sorte la dynamique avec laquelle on jongle en permanence lorsqu'on tourne un film. Un autre exemple consiste à créer une prise de vue complexe et aboutie grâce aux mouvements de la caméra. Même si le cadrage est bon, lorsque vous filmez dans les rues d'une ville comme nous l'avons fait ici, il n'est pas rare que des passants traversent la scène ou que d'autres incidents de ce type se produisent. Il y a toujours des problèmes techniques, mais j'essaie de garder une réalisation très personnelle et dans l'instant. C'est mon idéal, au moins au travail. J'essaie d'allier un certain raffinement à l'ancienne que j'admire et dont j'essaie encore de percer les mystères (je n'en suis qu'à mon deuxième film) à quelque chose de très proche du caractère du personnage et j'essaie de prendre des risques plutôt que de tomber dans les stéréotypes. J'ai grandi dans la culture urbaine du hip-hop et du punk et je pense qu'il faut oser montrer ce que la vie nous a appris.

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